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Zoom sur Rémy Tézier, un réalisateur porté par ses envies !

13 mars 2018



"J’ai tenu ma première caméra à 15 ans. On filmait déjà dans ma famille en super 8. Je suis donc issu de la génération des réalisateurs caméramen. J’aime tellement filmer et réaliser que j’ai du mal à déléguer mon image à quelqu’un d’autre.

Jean-Pierre Jeunet a répondu un jour à un étudiant qui lui demandait comment on devient réalisateur : « on ne devient pas réalisateur, on filme ». Et c’est vrai ! Il faut filmer, sans cesse, travailler, sans relâche. Faire un film, c’est assez obsessionnel.
 
Parmi la quinzaine de documentaires que j’ai réalisée, « Attaque de requins à La Réunion », diffusé sur Arte, est le film le plus difficile qu’il m’ait été donné de faire. J’étais confronté à des personnes qui ont perdu une jambe ou un bras dans de terribles souffrances. Je me suis beaucoup questionné sur ma légitimité à interviewer ces gens qui sont dans la douleur. 
 
Pour mon nouveau film, j’ai eu envie de parler d’un sujet plus positif. Quand je suis arrivé à La Réunion en 1990, il n’y avait pas de baleines et très peu de tortues. Lorsque nous plongions en bouteille et que nous apercevions une tortue, la plongée était réussie. 28 ans plus tard, on observe des baleines et beaucoup de tortues. Ces animaux migrateurs m’ont donné envie de les suivre entre La Réunion, Mayotte et Madagascar, et de recueillir les témoignages des personnes qui les protègent et qui vivent dans des univers très différents. Les premières interviews ont nourri l’histoire de mon documentaire car c’est en filmant que je construis mon scénario.
Le documentaire raconte le parcours d’une tortue adulte qui grandit sur notre île et repart sur sa plage de naissance, quelque part dans l’océan indien ; et celui d’un jeune baleineau, né à La Réunion, qui rejoint Madagascar avec sa mère, puis l’Antarctique. Les scientifiques savent aujourd’hui que la baleine « éduque » son baleineau pendant un an afin qu’il revienne seul dans les zones de reproduction. Ça m’a donné des idées pour mon nouveau film (NDLR : réalisé avec la même équipe, produit toujours par Arte et qui sortira dans un an).
 
L’image animalière demande beaucoup de temps, sous l’eau et sur l’eau. On n’est jamais sûr d’avoir de belles séquences. La saison 2017 a été exceptionnelle pour l’observation des baleines. Une de mes plus belles émotions a été un face-à-face à 20 mètres de profondeur avec une baleine et son baleineau. J’étais tout près, le temps s’est arrêté, c’était magnifique, un moment de grâce unique que j’ai immortalisé avec ma caméra.
Nicolas Hulot, qui a beaucoup bourlingué, porte autour du cou un pendentif en forme de queue de baleine parce que sa plus grande émotion à lui aussi fut sa rencontre avec une baleine.
 
Je fais des documentaires parce que j’aime partir du réel, rencontrer des gens qui me plaisent, raconter leur histoire.
Pour moi, un bon documentaire est plus fort qu’une fiction.
J’exerce un métier très solitaire dans la phase créative, dans l’écriture du film. Mais il est aussi essentiel de partager les expériences. Les rencontres professionnelles organisées par l’AFR facilitent l’échange : on s’aperçoit qu’à La Réunion, à Paris ou à La Rochelle, on est tous confrontés aux mêmes difficultés. 
Mon moteur à moi, c’est l’envie, la vraie, celle qui vient des tripes et non de la tête ; c’est ce qui me donne la force d’avancer.
Ce qui est primordial, c’est d’arriver à réaliser le film dont j’ai envie, de raconter l’histoire qui me touche, d’être en accord avec ce que je suis. Ce sont mes valeurs de travail et de vie."