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Josza Anjembe, jeune réalisatrice "hors cadre"

4 avril 2018



 

Faire du cinéma n’était pas programmé en moi. Je suis journaliste de formation. J’ai toujours eu une sensibilité à l’image, mais de là à imaginer que j’allais réaliser un film… Le déclic est apparu à la suite d’une rupture amoureuse. Au même moment, un ami qui découvre mes textes écrits dans de petits carnets, attire mon attention sur le fait que ça ressemble beaucoup à de la fiction. J’ai été très surprise ! J’ai du coup commencé à lire énormément, à faire des stages, et petit à petit, la fiction est devenue une matière pour moi.
Au départ, j’avais une histoire longue à raconter. Mais lors des stages que j’effectuais, on me disait « Josza, tu es une femme, noire, qui vient de la télé, tu n’as pas fait d’études de cinéma, tu ne peux donc pas commencer par un long métrage. Réalise d’abord un court qui parle de quelque chose qui t’es arrivé ! » Je ne voulais absolument pas raconter ma vie, mais je suis effectivement partie d’une histoire de cheveux "hors cadre" que j’ai vécue en voulant renouveler mon passeport. Je l’ai complétée par des récits de ma famille, de mes amis, de la diaspora noire… de mon univers tout simplement.
J’ai l’impression qu’on met la même énergie dans un court que dans un long métrage, avec des problèmes financiers en moins. 
 
Réaliser un film d’auteur, c’est avoir une vraie vision sur un sujet et ne pas avoir peur de défendre ce que nous avons de singulier.
Ce qui est difficile, c’est de rendre universel ce qui nous est intime. Comment diluer notre propos pour le rendre le plus accessible possible et permettre aux gens de comprendre l’histoire sans verser dans le commun ? L’équilibre n’est pas facile à trouver mais c’est là que je place mon exigence, mon honnêteté, ma sincérité.
 
Ce que j’ai aimé par dessus tout, c’est diriger les acteurs. Je les adore parce qu’ils donnent tout, c’est eux qui prennent des risques et qui laissent une empreinte au film… et en même temps, ils sont complexes car ils évoluent dans un ascenseur émotionnel pas facile à appréhender. 
La vraie difficulté, c’est de créer une relation entre des acteurs qui ne se sont jamais rencontrés. Dans « Le bleu blanc rouge de mes cheveux », 4 comédiens incarnent une famille, et ils ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam. Dans une scène, ils sont tous les 4 à table. En répétition, on s’est donc assis autour d’une table, on a mangé, rigolé, joué à des jeux de société, sans parler du film, juste pour faire connaissance et installer les personnages dans la famille. 
 
Quand j’ai terminé ce film, je me suis sentie fière. De ma petite chambre où j’ai écrit le scénario à une salle de cinéma, j’ai réalisé le chemin parcouru. J’ai donné du travail à une quarantaine de personnes, et ça me rend fière d’avoir impulsé cette aventure commune. 
Mon deuxième court métrage va me permettre de préciser mon cinéma et mes envies, de puiser mon inspiration encore une fois dans l’univers qui est le mien.
 
A savoir
"Le bleu blanc rouge de mes cheveux”, est le premier court métrage de Josza Anjembe. Nommé aux César 2018, ce film plein d’émotion raconte l’histoire de Seyna, jeune Sénégalaise, qui ne parvient pas à faire sa photo d’identité pour obtenir la nationalité française, parce que sa volumineuse coupe afro ne rentre pas dans le cadre. 
Josza Anjembe a également composé la musique du film.
"Le bleu blanc rouge de mes cheveux” a été présenté à la Fête du Court Métrage organisée par CinéKour, en partenariat avec l’Agence Film Réunion.